1916. Troisième année de guerre.

L'année est marquée par les batailles de Verdun et de la Somme. A Saint Pierre on apprend la mort de Martin et Lucien Lajoinie, tués dans les environs de Verdun en mars et août 1916.
Ils étaient frères. La famille, originaire de Dordogne, était arrivée dans la vallée de la Garonne une quinzaine d'années auparavant. Voici l'histoire de la famille.
Les parents, Pierre Lajoinie et Marie Léonard, ouvriers agricoles, se marièrent en octobre 1868 à la Douze, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Périgueux. Entre 1870 et 1888, Marie met au monde 10 enfants, 3 meurent en bas-âge. L’aînée des filles, Françoise, née en 1872, se marie en 1888 et donne naissance à son premier enfant, Adrien Charrière en 1889. Lors du recensement de 1891 restent au foyer parental 6 enfants : 3 filles, Marie, Juliette et Joséphine, et 3 garçons, Joseph, Martin et Marcel dit Lucien qui ont entre 3 et 18 ans. En 1892 le père meurt. La famille migre vers la vallée de la Garonne et se déplace au grès des embauches : Monségur, Sainte Croix du Mont, Caudrot, Loupiac, Saint Pierre... En 1911 la mère, Marie Léonard, est domestique à Lafitte. Le fils aîné, Joseph Lajoinie, est mort prématurément en 1905 à Sainte Croix du Mont, âgé de 28 ans. Deux des enfants se sont mariés à Saint Pierre, Juliette, née en 1882, a épousé en 1903 Jean, dit Laurent, Lafourcade, sabotier et Martin, né en 1879, à épousé en 1907 Suzanne Julia Bergeron, venue, elle, des Basses-Pyrénées. Chacun des deux couples a un fille. Simone Lafourcade est née en 1904 et Marie-Louise Lajoinie en 1907.
       En août 14 Lucien, Martin et leur beau frère, Laurent Lafourcade, sont immédiatement mobilisés, de même que leur neveu Adrien Charrière en Dordogne.
        Lucien rejoint le 57° RI à Libourne. Il est évacué pour maladie entre septembre 14 et octobre 15. A cette date, il est affecté au 156° RI. Le 21 février 1916, les Allemands lancent leur offensive de Verdun. Le 25, le 156° RI monte en ligne dans le secteur de Bras Louvremont côte du Poivre avec l'ordre de tenir “coûte que coûte”. L'officier rédacteur du JMO donne un aperçu de la violence des combats et de la désorganisation de l'armée française dans cette première phase de la bataille :
26 février : «Je me suis rendu compte du repli de la 37° DI et je crois que je suis en première ligne. Je suis déjà bombardé à Bras. J'ai des blessés et pas même de voitures médicales (...) Je suis en l'air, sans outils (...) sans communications téléphoniques, sans réserves, sans vivres.»
27 février : « Nous sommes sur la 1ère croupe de la côte du Poivre (...) Il me semble que l'artillerie allemande tire sur nos éléments avancés de la côte du Poivre. Quant à notre artillerie avec laquelle je n'ai toujours pas de liaison téléphonique, elle tire trop court et menace d'atteindre nos éléments avancés... »
9 mars, de 7h15 à midi : « Bombardement intense avec obus de gros calibre et gaz suffocant sur les premières lignes et tranchées de soutien du ravin de Louvremont (...) Une reconnaissance allemande forte d'environ 4 sections, par vagues successives, cherche à progresser dans le ravin de Mouvement et sur la route de Louvemont-Bras (...) Ces éléments sont décimés par le feu des fusils et des mitrailleuses. »


10 mars : Le 156° RI est relevé dans la nuit. C'est ce jour là que Lucien Lajoinie est tué avec 10 autres hommes de la 4° Compagnie à laquelle il appartenait. La liste des pertes du 156° RI entre le 25 février et le 10 mars occupe 13 pages du JMO.
Martin, lui, avait rejoint en 1914 le 167° RI pour être ensuite affecté au 81° et, en décembre 15, au 342° RI.
Le 20 août 1916 ce régiment est chargé de reconquérir la crête entre Fleury et Thiaumont. L'opération es un succès. 200 Allemands sont fait prisonniers. Mais “les pertes subies par le régiment dans cette affaire sont assez sensibles” et dans les jours suivants les Allemands déclenchent une contre-offensive.


25 août : « Toute la nuit du 24 au 25 l'ennemi bombarde nos lignes et l'arrière »
26 août : « La rectification de la ligne comprise à la liaison de notre gauche avec la division voisine est décidée. La préparation de l'attaque par l'artillerie française étant insuffisante et surtout trop longue les organisations ennemies (...) restent intactes. A 17h, le peloton de droite de la 23° Compagnie envoie sa première vague, qui, franchissant une vingtaine de mètres est clouée sur place par le tir des mitrailleuses (...) autant que par le tir de barrage des grenades allemandes. Le peloton de gauche tente en vain de déboucher, mais, arrosés par les mitrailleuses les hommes qui le composent sont forcés de se terrer. »


Pertes de cette journée pour le 342° RI : 24 blessés, 6 disparus et 8 tués parmi lesquels Martin Lajoinie, tué “à 300 m au nord de Fleury” d'après son acte de décès.
Au cours de cette année 1916, Marie Léonard a donc perdu les deux fils qui lui restaient. Elle pleure aussi l’aîné de ses petits fils, Adrien Charrière, mort des suites de blessures de guerre en mars 1915 (son nom est inscrit sur le monument au mort de la Douze).
      Elle perdra sa fille ainée en 1918 morte de la grippe espagnole.
Suzanne Bergeron, l'épouse de Martin reste veuve. Elle meurt à St Pierre en novembre 1954. Sa fille Marie-Louise, elle, se marie en 1939 avec un monsieur Lapeyre à Paris. Elle est décédée à Sarcelles en 1995.
Laurent Lafourcade, après avoir combattu dans l'infanterie coloniale (en Champagne en 1915, sur le front d'Orient en 1916) puis dans l'artillerie (2° bataille de la Marne en 1918) est démobilisé en février 1919 et rentre à St Pierre décoré de la croix de guerre.

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